La dysorthographie est un trouble durable de l’apprentissage de l’orthographe : l’enfant fait des erreurs nombreuses, persistantes et variables malgré un enseignement adapté et des efforts réels. Elle accompagne très souvent une dyslexie. Seul un bilan orthophonique (logopédique en Belgique et en Suisse) permet de la distinguer d’une simple fragilité en orthographe. En France, ce bilan se fait en principe sur prescription médicale et il est remboursé par l’Assurance Maladie. Voici les signes qui doivent alerter, et la marche à suivre.
Qu’est-ce que la dysorthographie ?
La dysorthographie fait partie des troubles spécifiques des apprentissages, aussi appelés troubles « dys ». Les classifications internationales la décrivent comme un trouble de l’apprentissage avec déficit de l’expression écrite : c’est le cas du DSM-5 et de la CIM-11 de l’Organisation mondiale de la santé (code 6A03.1).
Trois idées sont essentielles pour la comprendre :
- Elle est durable : les difficultés persistent dans le temps, au-delà de la période normale d’apprentissage.
- Elle est spécifique : elle ne s’explique pas par un manque d’intelligence, un défaut de scolarisation, un trouble sensoriel non corrigé ou un manque de travail.
- Elle est souvent associée à une dyslexie, parfois à d’autres troubles (trouble de l’attention, trouble développemental du langage).
L’orthographe française est exigeante : un même son peut s’écrire de plusieurs manières (o, au, eau), de nombreuses lettres ne se prononcent pas, et les accords grammaticaux sont souvent muets à l’oral. Tous les enfants font donc des fautes pendant leur apprentissage. La dysorthographie se distingue par l’intensité et la persistance de ces difficultés.
Quels sont les signes de la dysorthographie selon l’âge ?
Aucun signe isolé ne suffit. C’est l’accumulation et la persistance qui doivent attirer l’attention. Les repères ci-dessous sont indicatifs et ne constituent en aucun cas un diagnostic.
| Période | Signes qui peuvent alerter |
|---|---|
| CP-CE1 (6-7 ans) | Confusions de sons proches (f/v, p/b, ch/j) qui persistent ; oublis, ajouts ou inversions de lettres ; mots collés ou coupés (lavion, la rivé) ; grande difficulté à retenir les mots outils. |
| CE2-CM2 (8-11 ans) | Écriture encore très phonétique (il fé bo) ; un même mot écrit différemment dans une même page ; mots de dictée appris la veille mais oubliés le lendemain ; accords rarement réalisés ; écart important entre la dictée préparée et l’écriture spontanée. |
| Collège et après | Orthographe lexicale très instable ; lenteur et fatigue à l’écrit ; évitement de l’écriture, textes très courts ; relecture peu efficace ; notes pénalisées dans toutes les matières par l’orthographe. |
D’autres signes, moins visibles, comptent aussi : l’enfant peut être très fatigué après les devoirs, dire qu’il est « nul en français », refuser d’écrire, ou au contraire compenser par une excellente expression orale qui contraste avec ses écrits.
Faiblesse en orthographe ou trouble : comment faire la différence ?
C’est la question que se posent beaucoup de parents, et elle est légitime. Certains enfants sont simplement plus lents à automatiser l’orthographe et progressent avec un peu d’entraînement. D’autres présentent un trouble qui nécessite une prise en soin.
Quelques indices orientent vers une consultation :
- les difficultés persistent malgré l’aide apportée en classe et à la maison ;
- les progrès sont très faibles au regard des efforts fournis ;
- la lecture est elle aussi lente ou hésitante ;
- d’autres membres de la famille ont eu des difficultés similaires ;
- les difficultés ont un retentissement sur la scolarité, la confiance en soi ou l’ambiance familiale.
Dans le doute, il est préférable de demander un avis. Un bilan qui conclut à l’absence de trouble n’est pas du temps perdu : il rassure la famille et donne des pistes concrètes.
Comment se déroule le bilan orthophonique en France ?
Qui prescrit le bilan ?
En France, le bilan orthophonique est en principe prescrit par un médecin : médecin traitant, pédiatre ou autre spécialiste. L’enseignant ou le médecin scolaire peuvent vous conseiller de consulter, mais c’est le médecin qui rédige l’ordonnance. Deux formulations existent : le bilan orthophonique avec rééducation si nécessaire (le cas le plus courant, qui permet de commencer les séances sans nouvelle ordonnance) et le bilan orthophonique d’investigation (le médecin décide ensuite de la suite à donner).
Depuis la loi du 19 mai 2023 dite « loi Rist », un accès direct à l’orthophoniste, sans prescription, est possible lorsque celui-ci exerce dans une structure d’exercice coordonné (maison de santé pluriprofessionnelle, centre de santé, équipe de soins primaires). Renseignez-vous auprès du cabinet que vous contactez.
Comment se passe le bilan ?
Le bilan comprend généralement :
- un entretien avec les parents et l’enfant (histoire du développement, scolarité, difficultés observées) ;
- des épreuves étalonnées de lecture, d’orthographe, de langage oral et des compétences associées (conscience phonologique, mémoire, vocabulaire, etc.) ;
- l’analyse des types d’erreurs, qui renseigne sur les mécanismes en difficulté ;
- un compte rendu écrit adressé au médecin prescripteur, avec le diagnostic orthophonique et, si une rééducation est indiquée, ses objectifs et le nombre de séances prévues.
Le diagnostic de trouble spécifique des apprentissages s’inscrit parfois dans une démarche plus large, avec d’autres professionnels (médecin, psychologue, ergothérapeute), notamment lorsque la situation est complexe. La Haute Autorité de santé a décrit en 2017 ce parcours gradué et coordonné.
Le bilan et les séances sont-ils remboursés ?
Oui. Lorsqu’ils sont prescrits par un médecin, le bilan et les séances d’orthophonie sont pris en charge par l’Assurance Maladie à hauteur de 60 % du tarif conventionnel ; le reste peut être couvert par une complémentaire santé. Les délais pour obtenir un rendez-vous peuvent être longs selon les régions : n’hésitez pas à contacter plusieurs cabinets et à vous inscrire sur liste d’attente dès que vous avez l’ordonnance.
Et en Belgique ou en Suisse ?
En Belgique, on consulte un logopède. Le remboursement par l’assurance maladie (INAMI) suppose une prescription médicale, un bilan logopédique et l’accord du médecin-conseil de la mutualité. Pour les troubles des apprentissages, la nomenclature fixe des conditions précises (tests, durée de traitement, fréquence des séances) : votre mutualité et le logopède vous indiqueront les démarches à suivre.
En Suisse, on parle de logopédiste. Pour les enfants en âge scolaire, la logopédie relève en grande partie des cantons, qui organisent souvent un service de logopédie en milieu scolaire. Dans le canton de Vaud par exemple, les demandes passent par les services régionaux de psychologie, psychomotricité et logopédie en milieu scolaire (PPLS). Renseignez-vous auprès de l’école ou du service cantonal de votre lieu de résidence.
En quoi consiste la rééducation de la dysorthographie ?
La rééducation est construite sur mesure à partir du bilan. Selon le profil de l’enfant, l’orthophoniste peut travailler :
- la conscience phonologique et la correspondance entre les sons et les lettres ;
- l’orthographe lexicale, c’est-à-dire la mémorisation de la forme des mots, en s’appuyant sur des régularités et sur le sens ;
- la morphologie : repérer le radical, les préfixes et les suffixes pour comprendre comment les mots sont construits (voir notre article sur la morphologie dérivationnelle) ;
- l’orthographe grammaticale : accords, homophones, conjugaison ;
- les stratégies de relecture et le transfert dans les écrits spontanés.
Nous détaillons ces leviers dans l’article l’efficacité en orthophonie : rééducation du langage écrit et de l’orthographe. La durée de la prise en soin varie beaucoup d’un enfant à l’autre ; elle est réévaluée régulièrement.
Comment aider son enfant à la maison en attendant le bilan ?
L’attente peut être longue. Quelques gestes simples aident l’enfant sans se substituer au professionnel :
- préserver sa confiance en valorisant ses efforts ;
- limiter la durée des devoirs ;
- remplacer la copie répétée par une démarche active (lire à ce sujet faut-il recopier pour apprendre une dictée ?) ;
- jouer avec les mots, notamment avec les familles de mots, qui donnent des indices pour les lettres muettes.
Notre guide aider un enfant dyslexique à la maison développe ces conseils. Pour un support ludique, Morpho Toutou fait découvrir dès 7 ans la construction des mots (radical + suffixe). Nos fiches gratuites à imprimer proposent aussi des activités simples, comme les graphies complexes ou la préparation de la dictée. Ces outils accompagnent l’enfant ; ils ne remplacent pas un bilan.
Questions fréquentes
À partir de quel âge peut-on parler de dysorthographie ?
Le diagnostic suppose que l’enfant ait bénéficié d’un temps d’apprentissage suffisant. On ne parle donc pas de dysorthographie dès les premiers mois du CP. En revanche, il ne faut pas attendre pour consulter lorsque des difficultés importantes persistent : un bilan peut être demandé dès que des signes inquiètent la famille ou l’enseignant.
La dysorthographie se guérit-elle ?
C’est un trouble durable, mais la rééducation et les aménagements permettent souvent des progrès et des stratégies de compensation. L’évolution dépend de chaque enfant, de la sévérité du trouble et des troubles associés. L’orthophoniste fait régulièrement le point avec la famille.
Faut-il une ordonnance pour consulter un orthophoniste ?
En France, oui dans la plupart des cas : le bilan et les séances sont prescrits par un médecin, ce qui conditionne le remboursement. L’accès direct sans ordonnance est possible auprès d’orthophonistes exerçant en structure d’exercice coordonné (maison de santé, centre de santé, équipe de soins primaires).
Quelle est la différence entre dyslexie et dysorthographie ?
La dyslexie concerne l’apprentissage de la lecture, la dysorthographie celui de l’orthographe. Les deux sont très souvent associées, car lire et écrire reposent sur des mécanismes communs. On parle alors fréquemment de dyslexie-dysorthographie.
L’école peut-elle adapter les évaluations ?
En France, un élève dont les difficultés résultent d’un trouble des apprentissages peut bénéficier d’un plan d’accompagnement personnalisé (PAP), après avis du médecin de l’Éducation nationale. Ce plan prévoit des aménagements pédagogiques, par exemple une évaluation de l’orthographe adaptée.
Sources
- Inserm (2007). Dyslexie, dysorthographie, dyscalculie : bilan des données scientifiques. Expertise collective, Paris, Les éditions Inserm.
- Haute Autorité de santé (2017). Comment améliorer le parcours de santé d’un enfant avec troubles spécifiques du langage et des apprentissages ? Guide parcours de santé.
- Organisation mondiale de la santé. CIM-11, Classification internationale des maladies, 11ᵉ révision : 6A03.1, trouble développemental de l’apprentissage avec déficit de l’expression écrite.
- American Psychiatric Association (2013). Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, 5ᵉ édition (DSM-5).
- Loi n° 2023-379 du 19 mai 2023 portant amélioration de l’accès aux soins par la confiance aux professionnels de santé, et avenant n° 20 à la convention nationale des orthophonistes (arrêté du 25 juillet 2023).
- Circulaire n° 2015-016 du 22 janvier 2015 relative au plan d’accompagnement personnalisé, Bulletin officiel de l’Éducation nationale n° 5 du 29 janvier 2015.
- INAMI (Belgique). « Comment demander un remboursement pour un traitement de logopédie ? », site de l’Institut national d’assurance maladie-invalidité.